Jean-Claude GROUD, diacre permanent

"Au pauvre, allez dire que tout s'accomplira selon la promesse" (hymne du dimanche III).
Il y a maintenant deux ans qu'avec trois hommes mariés, j'ai été ordonné diacre permanent en vue du service par notre évêque Jacques Fihey. La mission du diacre est d'abord de témoigner, à travers sa vie familiale, professionnelle, associative et dans ta communauté chrétienne d'une Église pauvre et servante des hommes et d'un Dieu solidaire de leurs souffrances et de leurs espérances. Certes, la restauration du diaconat
permanent est récente mais, à toute époque, de Moïse jusqu'à aujourd'hui, en passant par les apôtres, les responsables de l'Église ont eu le souci d'appe(er à leurs cotés des personnes qui les aident à mieux cerner et répondre aux besoins humains et spirituels du peuple dont Dieu leur avait confié la charge. Au bout de deux ans, il peut être intéressant de vous faire partager ce que, à travers mon ministère diaconat, je percois de ces besoins et comment avec d'autres, chrétiens ou non, j'essaie d'y répondre.

Un premier aspect concerne d'abord ce que je vis tous les jours avec mes collègues et les élèves du lycée Le Brun. Les besoins qui s'expriment dans mon milieu de travail sont très divers: désir d'une vraie relation de dialogue avec les élèves et leurs parents, volonté d'aider les élèves à construire leur propre personnatité, besoin d'être attentif aux collègues isolés, de sortir de nos cloisonnements et d'apprendre à travailler en équipe... Avec d'autres enseignants, j'ai participé au mouvement de mai-juin et en ai partagé les principales revendications. Dans te même temps, je me suis interrogé sur la forme prise par ce mouvement, les risques de fracture irréversible qu'il pouvait entraîner entre les personnes. Là aussi, j'ai perçu la difficulté et la nécessité d'apprendre à vivre un conflit et à faire en sorte qu'au-delà des oppositions, il soit fécond pour l'avenir.
Il me faut évoquer aussi les questions sur le sens de la vie qui surgissent quelquefois au moment où on s'y attend le moins. La mort d'un proche ou d'un ami permet dans ces cas un échange plus en profondeur et de parler de Jésus Christ mort et ressuscité. Essayer de répondre à ces besoins suppose de le faire sans prosélytisme, dans le respect des règles de la laïcité et de la liberté de conscience des personnes, et en les aimant telles qu'elles sont, avec leur générosité et leur foi en l'homme. Prier régulièrement pour le bonheur de mes collègues me paraît aussi une exigence fondamentale de ma mission.
Je me réjouis enfin pour toute notre expérience de groupe synodal, réunissant depuis deux ans sept ou huit collègues du lycée Le Brun qui échangent sur toutes ces questions, dans un esprit de double fidélité aux valeurs humaines et chrétiennes de l'évangile et à l'école publique..
En tant que diacre plus spécialement chargé de la pastorale diocésaine de la solidarité et du développement, à travers le CCFD et le Conseil diocésain de la solidarité, je suis évidemment amené avec d'autres chrétiens à réfléchir et à agir sur les besoins des plus démunis et des plus pauvres, que ce soit en France ou à l'échelle internationale.
Dans le cadre de cette mission, le texte qui me vient à l'esprit est celui des béatitudes (Matthieu 25): "J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire; j'ai été sans gîte et vous m'avez recueilli ". Nous savons tous aujourd'hui que les besoins du Tiers-monde et des pays d'Europe de l'Est sont immenses: faim et soif de nourriture (presque un milliard de personnes en souffrent encore dans le monde), faim et soif de logement (y compris dans notre pays), d'éducation, et de santé, de juste rémunération de son travail. Il faudrait ajouter aussi le besoin de participer démocratiquement à la vie de son pays, de s'exprimer dans sa propre culture, le besoin de relation avec les autres et avec Dieu.
Derrière le visage de toute personne dont les droits fondamentaux sont bafoués et derrière la situation de tout peuple écrasé par le système économique qui domine actuellement le monde, c'est en réalité le visage de Jésus-Christ qui se manifeste. C'est sur ce que nous avons fait aux plus petits que nous serons en réalité jugés. Oui, il y a vraiment urgence à agir comme chrétiens pour le développement humain et spirituel de tout homme, pour remettre l'homme au centre de l'économie et faire en sorte que les décideurs internationaux prennent en compte les besoins des pays les plus pauvres. Avec les autres, nous sommes appelés à faire advenir la justice qui anticipe le royaume de Dieu. Cela passe par ta participation active et concrète aux combats pour la promotion du commerce é uitable, l'annulation de
la dette des pays les plus pauvres, le développement de l'épargne solidaire et du micro-crédit pour aider les petits producteurs et la défense des droits des enfants partout dans le monde.
Envoyé en mission auprès des plus pauvres et des plus éloignés de l'Église, le diacre est aussi présent dans la communauté chrétienne, en lien avec les prêtres et les animateurs pastoraux qui en ont la charge.
La préparation de la célébration du baptême et celle de jeunes au sacrement de mariage dont le diacre est également chargé, sont l'occasion d'être à l'écoute des attentes spirituelles des personnes rencontrées et de leur parler de Dieu qui les aime. En espérant qu'un peu plus tard, ils se mettront en route ou reprendront le chemin de la découverte de Dieu.-
La mise en place d'une nouvelle paroisse sur Coutances et son secteur rural fait apparaître enfin le besoin d'apprendre ensemble, dans la diversité de nos vocations de baptisés, à bâtir l'Église de demain. Une église de proximité, forte de ses communautés locales, qui ait en même temps le souci de l'ouverture sur le monde et de la mise en oeuvre de l'option préférentielle pour les pauvres.
C'est à cette condition, et le ministère diaconat est là pour le rappeler, que la célébration de l'eucharistie, source et sommet de notre foi chrétienne, prendra tout son sens.
novembre 2003
Jean-Claude GROUD