A la maison d'arrêt de Coutances
 
Dans la Maison d'Arrêt de Coutances apparemment vétuste, je dis "apparemment" car, à l'intérieur, depuis plusieurs années, des travaux sont en cours: douches et toilettes ont été installées dans chaque cellule, chauffage renouvelé, peintures refaites... Là, vivent 70 détenus environ, de tous âges et de toutes conditions sociales.
Quant à nous, aumôniers de prison, père Jean-Claude Mauger et moi-même, nous avons le privilège de pouvoir visiter tous les détenus sans exception, ce qui n'est pas le cas des visiteurs. Mais qui rencontrons-nous au juste? D'abord ceux qui le demandent, puis ceux qui nous sont signalés par quelqu'un de l'extérieur ou encore, par un surveillant qui a remarqué un détenu déprimé: "Va parler avec la soeur, ça te fera du bien !" Il arrive que certains refusent. Au moins, dans ce cas, ils ont la possibilité d'exercer leur liberté.
Leurs besoins et leurs attentes sont très variés: besoins matériels, mais aussi, attentes plus spirituelles.
Un détenu me demande-il des vêtements? Si je n'ai pas le nécessaire, je transmets le message à un membre du Secours Catholique qui s'en occupe.

L'aumônier est souvent amené à faire le lien avec d'autres partenaires.
Le plus grand besoin des personnes détenues, c'est la soif d'un peu plus d'humanité. Ils ont besoin de parler à quelqu'un qui écoute avec attention, sans a priori, sans juger. Ils parlent de leur famille qu'ils font souffrir, de leur profession qu'ils risquent de perdre, de leur regret d'en être arrivé là. Certains sont rongés par le remords. Ils n'arrivent pas à se pardonner à eux-mêmes. Je crois que c'est la plus grande souffrance que je vois à la prison. Quand ils sont croyants et que je les sens prêts, je leur propose de prier ensemble. C'est le moment pour moi de recueillir tout ce qu'ils m'ont dit pour l'offrir au Seigneur. C'est un temps très fort pour eux comme pour moi !
Ce passage à la prison est bénéfique pour certains. C'est une opportunité pour réfléchir à la vie passée et il n'est pas rare de les entendre demander une Bible. S'il s'agit d'une Bible en langue étrangère, il faut battre le tambour près de nos connaissances.
La langue est une difficulté réelle. Comment écouter un détenu quand il est lithuanien, ou roumain, ou moldave,quand on ne connàit pas ces langues? À Coutances, il faut venir à la prison pour rencontrer autant d'étrangers !
Certains voudraient que nous téléphonions à leur famille pour avoir des nouvelles, mais l'administration pénitentiaire a ses interdits, surtout quand l'instruction n'est pas terminée.
Tous les samedis, un temps de prière leur est proposé: Eucharistie si le prêtre est là, liturgie de la parole si je suis seule. Certains viennent par conviction, d'autres pour passer le temps et changer d'air, d'autres, parce qu'ils ont une demande à formuler, d'autres encore tout simplement pour nous rencontrer. Leur nombre est très variable (2 à 14). Le samedi 27 décembre où nous célébrions la fête de Noël autour de Mgr Fihey et de neuf autres personnes de l'extérieur, choristes et personnes qui font l'accueil des familles en attente de parloir, des nouveaux se sont ajoutés, même un musulman. Noël est une fête importante pour tous, même s'il est pénible de la passer en dehors de la famille. Ça se marque ! Et pour Noël, après la messe, nous avons eu l'autorisation de partager boisson (sans alcool !) et friandises.

février 2004
Soeur Chantal Lebouteiller

Accueil des familles de détenus

 
Depuis bientôt deux ans, à l'initiative du Secours Catholique, en accord avec la direction de la prison, une équipe de bénévoles se relaie pour assurer une présence au local attenant à la prison.
Ce dont les familles ont besoin, en premier: un local chauffé, ou... frais, selon les saisons. C'est plus sympathique que d'attendre à la porte, par tous les temps, avec son sac de linge. Pour certains, surtout quand ils viennent de loin, ils apprécient un café chaud, un chocolat ou une boisson fraîche. Il nous arrive aussi de garder les enfants quand les mamans préfèrent nous les confier plutôt que de les emmener au parloir.
Mais surtout, au fil des rencontres, on s'aperçoit qu'il y a d'autres besoins, moins aisés à exprimer, mais tout aussi importants. "Une machine électronique pour prendre les rendez-vous, c'est bien, on pourrait aussi avoir une machine à café; mais ça ne remplace pas la chaleur d'une présence humaine." Cette parole entendue - et il y en aurait bien d'autres - résume le vrai besoin de ceux qui sont en attente de parloir: une présence humaine, à la fois discrète, bienveillante, prête à tout entendre, sans juger ni condamner. "Avec vous, on iie se sent pas jugé."
Nous n'avons pas à provoquer les confidences. Et certains, d'ailleurs, n'ont pas envie d'étaler ce qui leur arrive; on les comprend ! C'est tellement douloureux d'avoir un membre de sa famille (époux, compagnon, père, frère) en ce lieu, quoiqu'il ait fait. Mais nous sommes là, tout simplement, attentifs à ceux qui ont besoin d'être écoutés.
Il y a ceux qui viennent pour la première fois, on le voit tout de suite à leur attitude désemparée. On peut glisser un petit renseignement, répondre à leurs inquiétudes, à peine formulées; il s'agit de "sentir".
Est-ce que nous répondons à leurs besoins? difficile de le dire. Mais on glane parfois des paroles telles que: "Depuis que vous êtes là, je peux attendre le parloir sans pleurer. " Ou encore: "Avant, on était côte à côte, on ne se parlait pas; maintenant, c'est plus pareil." Rien que pour ça, nous pouvons croire que notre présence toute simple est un réconfort pour les familles.

Un service d'Eglise sans doute différent de bien d'autres... mais chacun a son rôle à jouer, selon ses talents.
février 2004 L'équipe d'accueil des familles
à la prison de Coutances